Le collectif d’avocats de l’ancienne ministre de l’Action sociale, Fatimé Boukar Kossei, et de l’ex-directeur général de la Solidarité nationale, Kaoundé Israël, a vivement critiqué, ce 4 juin 2026, la peine de dix ans de prison ferme infligée à leurs clients pour détournement de biens publics. Lors d’un point de presse tenu à la Maison des médias de N’Djamena, les conseils ont annoncé leur intention de former un pourvoi devant la Cour suprême.
Le 14 mai dernier, Mme Boukar Kossei et Kaoundé Israël ont été reconnus coupables de détournement de deniers publics et condamnés à une peine de dix ans d’emprisonnement, assortie d’une obligation de rembourser plus de onze milliards de francs CFA. Une décision que la défense, par la voix de Me Lokouldé Francis, rejette en bloc. Les avocats affirment que les deux responsables ont agi dans le strict respect des consignes reçues en pleine crise humanitaire. Ils soutiennent, en outre, que les éléments constitutifs du délit de détournement, tels que prévus par l’article 195 du Code pénal tchadien, ne sont pas caractérisés : aucune preuve d’acte matériel, d’enrichissement personnel ou de mouvements financiers suspects n’aurait été établie.
La défense en a également profité pour étriller l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC), accusée d’empiéter sur les prérogatives judiciaires en commentant publiquement la sentence et en intimidant, via un communiqué publié le 15 mai, toute voix dissidente. « Nous le disons avec force : on ne muselle pas le débat public au nom de la lutte contre la corruption », a martelé le collectif, dénonçant une « justice à géométrie variable ».
Se disant convaincus de l’innocence de « vaillants serviteurs de l’État », aujourd’hui gravement malades, les avocats entendent explorer toutes les voies juridiques disponibles. Ils misent désormais sur la Cour suprême, avec l’espoir que l’examen du pourvoi en cassation permette, selon leurs termes, de « rétablir la vérité ».
