Dans leur Message de Noël 2025, publié dans le cadre de l’Année jubilaire de l’Espérance, les évêques du Tchad lancent un appel vibrant au président Mahamat Idriss Déby Itno : décréter une amnistie générale pour l’ensemble des détenus politiques. Pour la Conférence épiscopale, un tel geste marquerait un tournant historique vers l’apaisement et constituerait la première pierre d’un véritable processus de réconciliation nationale.

Les prélats dressent un diagnostic sévère de l’état du pays, évoquant des fractures communautaires persistantes, un climat politique tendu, une justice instrumentalisée et des initiatives de réconciliation jugées artificielles. Selon eux, seule la libération des prisonniers politiques permettrait de restaurer la confiance entre gouvernants et gouvernés et de redonner espoir à une population éprouvée.

Deux dossiers emblématiques illustrent, selon l’Église, les dérives du système actuel. Le premier est celui de Succès Masra, leader des Transformateurs et ex-Premier ministre, arrêté le 16 mai 2025 puis condamné à vingt ans de prison et un milliard de FCFA d’amende pour « complot » et « subversion ». Son procès, considéré comme expéditif par de nombreuses organisations, a suscité une vague d’indignation nationale et internationale. Le CEDPE, plusieurs ONG et des figures comme Dobian Assingar réclament sa libération sans condition.

Le second concerne Idriss Youssouf Boy, ancien directeur de cabinet du chef de l’État, condamné à cinq ans puis sept en appel pour « corruption passive ». Pour de nombreux observateurs, cette affaire ressemble davantage à une élimination politique interne qu’à une réelle opération anticorruption. Des collectifs d’intellectuels tchadiens ont multiplié les appels au président pour dénoncer une « justice à géométrie variable » et demander sa remise de peine au nom de la cohésion nationale.

S’appuyant sur les paroles de saint Paul « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » les évêques exhortent le président à exercer son pouvoir de grâce pour soulager des familles meurtries et rouvrir les chemins du dialogue. En cette fête de la Nativité, ils présentent l’amnistie comme un acte de pardon capable de transformer Noël en une source d’espérance retrouvée et de refonder le vivre-ensemble tchadien sur des bases authentiques.

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