En mission d’évaluation au Tchad, la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la traite des Femmes et des Enfants, Siobhán Mullally, a présenté le premier bilan de ses investigations au ministre de la Justice, Dr Youssouf Tom.
Durant sa tournée dans le sud et l’est du pays, y compris sur le site de réfugiés d’Adré, l’experte Onusienne a recueilli des témoignages alarmants. Si elle a salué l’engagement des plus hautes autorités et les progrès législatifs accomplis par N’Djamena, Mme Mullally n’a pas masqué ses préoccupations face à une « réalité très préoccupante ».
Dans le sud du pays, la rapporteuse spéciale dénonce des violences systématiques, les femmes et les filles sont victimes d’exploitation sexuelle et de travaux domestiques forcés, tandis que les garçons sont soumis au travail forcé, voire vendus. À l’est, en plus de ces exactions, elle pointe un phénomène plus inquiétant, l’enrôlement de mineurs par des groupes armés.
Point commun à toutes ces tragédies, selon elle, la pauvreté, exacerbée par un manque de soutien international. À Adré, Mme Mullally a particulièrement insisté sur le fait que « le soutien limité de la Communauté Internationale à l’action humanitaire risque d’accroître la traite » parmi les réfugiés Soudanais. Elle a également déploré le sentiment d’impunité qui entoure les auteurs de ces crimes, appelant à des sanctions exemplaires contre ceux qui font de la traite « un fonds de commerce ».
En recevant ces conclusions pertinentes et révélatrices, le ministre de la Justice, Dr Youssouf Tom, a reconnu la gravité de la situation. Il a lancé un double appel, à la communauté internationale pour qu’elle s’engage à résoudre la crise soudanaise, facteur aggravant dans l’est ; et à l’opinion nationale pour une sensibilisation accrue dans le sud, « épicentre » du phénomène.
Sur le plan judiciaire, le Garde des Sceaux a annoncé des mesures fermes, durcissement de l’arsenal juridique et formation des magistrats pour mieux identifier et poursuivre ces actes criminels. Alors que Mme Mullally doit présenter son rapport final à Genève, Dr Youssouf Tom a exprimé le vœu que ses recommandations soient une « plus-value » dans la lutte contre ce fléau.
