Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a réclamé l’ouverture d’enquêtes « indépendantes » après une série de bombardements attribués aux armées nigériane et tchadienne, qui auraient fait des dizaines de victimes civiles dans le nord-est du Nigeria.

« Il est crucial que les autorités nigérianes et tchadiennes mènent des enquêtes rapides, approfondies, indépendantes et impartiales sur ces incidents troublants », a déclaré Volker Türk dans un communiqué, dénonçant des attaques survenues dans une région déjà ravagée par les violences djihadistes.

Le bilan humain reste incertain mais s’annonce très lourd. Un chef communautaire local a fait état d’au moins 72 morts après une frappe aérienne de l’armée nigériane sur un marché de l’État de Zamfara, le 10 mai dernier. La branche nigériane d’Amnesty International avance, elle, un chiffre encore plus dramatique au moins 100 civils tués et de nombreux blessés, ce qui en ferait l’une des journées les plus meurtrières du conflit opposant les forces de sécurité aux groupes armés.

« Je suis consterné par les informations selon lesquelles des frappes aériennes de l’armée nigériane auraient tué au moins 100 civils le 10 mai et en auraient blessé beaucoup d’autres », a réagi Volker Türk.

Le Haut-Commissaire s’est par ailleurs dit « alarmé et attristé » par les informations faisant état de nouvelles victimes civiles lors d’attaques menées depuis vendredi par des avions de combat tchadiens. Ces raids visaient des camps de Boko Haram situés sur des îles isolées du lac Tchad, dans le nord-est du Nigeria. D’après un responsable du syndicat des pêcheurs de cette vaste étendue d’eau partagée entre le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad, « 40 pêcheurs nigérians sont portés disparus et seraient probablement morts noyés à la suite des frappes, selon les pêcheurs qui ont réussi à s’échapper ».

Depuis 2009, le lac Tchad et ses marécages se sont transformés en bastion djihadiste, abritant à la fois des combattants de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). C’est dans ce contexte de violences chroniques que les opérations militaires se multiplient, avec des conséquences souvent tragiques pour les populations civiles.

Face à ces drames, Volker Türk a exhorté les deux gouvernements à « veiller à ce que les responsables de toute violation rendent des comptes, conformément aux normes internationales », appelant également de toute urgence les deux armées à prendre toutes les précautions possibles pour éviter de frapper les civils. Les civils et leurs biens ne doivent jamais être la cible d’attaques, a-t-il insisté.

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