Se rencontrer, se parler, non pas comme des ennemis, mais comme des frères, des compatriotes appelés à partager les mêmes ressources. C’est dans cet esprit que s’est ouvert, ce 20 avril 2026, le forum communautaire sur la prévention et la gestion pacifique des conflits liés aux ressources naturelles dans le département de la Nya-Pendé.
Le forum a été lancé simultanément dans trois cantons du département. À Goré rural, le Préfet a officiellement donné le coup d’envoi, tandis qu’à Kaba Roangar, le Secrétaire général départemental procédait à la même cérémonie, au moment où, à Timberi, le Sous-préfet de Goré rural ouvrait les travaux.
Organisé par l’APLFT avec ses partenaires Caritas Suisse et l’IHDL, dans le cadre du projet NexSud financé par la France à travers l’Agence française de développement et l’Union européenne, ce forum s’inscrit dans un contexte bien connu des populations locales. Champs détruits, couloirs de transhumance contestés, conflits autour des points d’eau : autant de situations qui fragilisent la cohésion sociale et mettent en péril les moyens de subsistance. L’accès à ces ressources est devenu, au fil des années, une source de tensions persistantes, notamment entre agriculteurs et éleveurs, mais aussi avec les populations déplacées, réfugiées et retournées.
Face à cette réalité, le forum se veut bien plus qu’un simple cadre d’échanges. Il s’inscrit dans une démarche structurée visant à permettre aux communautés de mieux comprendre les causes profondes des conflits, mais surtout de construire ensemble des solutions durables. Pendant trois jours, les participants sont appelés à dialoguer sans détour, à confronter leurs réalités et à rechercher des compromis directement applicables sur le terrain.
Autour de la table, toutes les composantes concernées sont représentées. Agriculteurs et éleveurs y échangent avec les autorités administratives et traditionnelles, aux côtés des leaders religieux, des femmes, des jeunes, ainsi que des représentants des personnes réfugiées et retournées. L’objectif est clair : faire en sorte que chaque décision soit portée collectivement et qu’aucune voix ne soit laissée de côté.
Dès l’ouverture à Goré rural, le chef de canton, Allarassem Betoubam Medard, a donné le ton en rappelant l’évolution des relations entre communautés, aujourd’hui mises à rude épreuve par l’arrivée de bouviers extérieurs peu familiers aux réalités locales, ainsi que par la pression croissante sur les terres et les ressources.
Le Préfet du département, le colonel Rokoula Rodolphe, a pour sa part insisté sur la nécessité d’un engagement collectif. Selon lui, la paix ne peut être imposée d’en haut ; elle doit être construite avec les communautés elles-mêmes.
Les travaux devront déboucher sur des résultats concrets, notamment une cartographie consensuelle des couloirs de transhumance, l’identification de sites pour la mise en place de « puits de la paix » et la formulation d’engagements communautaires clairs en faveur de la cohabitation pacifique.
Selon le chef de projet de l’APLFT, Mounbaye Ngodro, l’organisation agit, dans le cadre du projet NexSud, comme un facilitateur du dialogue communautaire. « Notre rôle consiste à créer des espaces de concertation, accompagner les dynamiques locales et soutenir les efforts en faveur de la cohésion sociale et de la paix durable », a-t-il expliqué.
