À N’Djaména, la gestion des marchés publics liés à l’entretien des voiries urbaines vire à la controverse ouverte. La mairie centrale, censée être un modèle de rigueur administrative, se retrouve au cœur d’un différend sérieux avec la réglementation nationale, exposant des pratiques qui interrogent sur le respect des règles encadrant la commande publique.

En cause, la procédure de programmation et de passation des marchés financés par le Fonds d’Entretien Routier (FER). Selon des correspondances officielles émanant du ministère des Infrastructures, la mairie centrale a engagé des appels d’offres au nom de l’Association nationale des communes du Tchad (ANCT), en violation manifeste des textes en vigueur. Une démarche jugée illégale, puisque les collectivités territoriales autonomes sont seules habilitées à proposer leurs besoins, de manière indépendante.

Malgré les rappels répétés de l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) et du ministère de tutelle, la mairie centrale a persisté dans une logique de passage en force. Cette obstination, dénoncée noir sur blanc par l’administration centrale, traduit un mépris préoccupant des principes de transparence, de légalité et d’autonomie communale consacrés par les décrets régissant le FER.

Plus grave encore, le ministère des Infrastructures affirme n’avoir jamais validé les programmes proposés par la mairie centrale, qualifiant une grande partie des travaux projetés d’inéligibles. En clair, les appels d’offres lancés apparaissent déconnectés du cadre réglementaire, créant une confusion administrative lourde de conséquences pour la gouvernance locale et la crédibilité des institutions municipales.

La responsabilité politique de cette dérive incombe directement au maire de la ville, Senoussi Hassana Abdoulaye. En tant que premier responsable de l’exécutif municipal, son attitude est vivement critiquée pour avoir ignoré les avertissements officiels, marginalisé les communes d’arrondissement et engagé la ville dans un processus contesté, au risque d’exposer les finances publiques à des irrégularités.

Ce bras de fer institutionnel met à nu une dérive de gouvernance qui ne saurait être banalisée. À l’heure où l’État prône la bonne gestion et la lutte contre la corruption, le comportement de la mairie centrale de N’Djaména apparaît comme un contre-exemple regrettable. Le respect de la loi ne peut être à géométrie variable, surtout lorsqu’il s’agit de fonds publics destinés à l’intérêt collectif.

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