Le 28 septembre, le monde célèbre la Journée internationale de l’accès universel à l’information, placée cette année sous le thème de la préservation de l’intégrité de l’information à l’ère numérique. Au Tchad, cette journée renvoie à une réalité régulièrement vécue par les journalistes et les citoyens, l’accès parfois difficile, tardif ou incomplet aux informations détenues par les institutions. Reporters sans frontières relève notamment que l’accès à l’information officielle demeure très difficile dans le pays, alors que le droit à l’information est reconnu par les textes.

Dans certaines administrations, obtenir un document, joindre le responsable habilité ou simplement recevoir une réponse à une demande d’information peut prendre du temps, obligeant les rédactions à multiplier les démarches auprès de sources informelles.

Cette situation pèse directement sur le travail journalistique. Lorsqu’une information importante circule, notamment sur les réseaux sociaux et les groupes WhatsApp, les journalistes cherchent d’abord à la confronter à une source institutionnelle. Mais lorsque les services de communication restent silencieux, que les interlocuteurs ne répondent pas ou que certaines informations ne sont pas communiquées à l’ensemble des médias, le recoupement devient plus difficile. Cette forme de négligence informationnelle ne concerne pas nécessairement toutes les institutions ni tous les médias, mais elle peut créer une différence d’accès entre les rédactions, favoriser les informations de couloir et pousser certains journalistes à travailler avec des sources secondaires. Or, l’accès à une information officielle ne devrait pas dépendre des relations personnelles d’un journaliste avec un responsable ou de sa capacité à obtenir une information avant les autres.

Les épisodes récents autour de la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) illustrent les difficultés que peut provoquer une communication institutionnelle insuffisamment sécurisée. En août 2026, une information annonçant la nomination de Fatime Abdelkerim Soumaila à la tête de la SHT avait été publiée sur le site du Secrétariat général du Gouvernement avant d’être retirée et démentie. Le média Tchadinfos, qui l’avait relayée, a expliqué avoir identifié le document directement sur le site institutionnel du SGG. Au-delà du démenti, cet épisode pose une question essentielle.
Comment permettre aux journalistes de distinguer rapidement une information authentique d’un contenu falsifié lorsque des documents présentés comme officiels apparaissent eux-mêmes sur des canaux institutionnels ? La même exigence de clarté vaut pour les communiqués, nominations, décisions administratives et autres annonces susceptibles d’avoir un impact sur la vie publique.

L’accès à l’information suppose donc davantage qu’une disponibilité ponctuelle des institutions lorsqu’une polémique éclate. Il implique une communication publique régulière, des interlocuteurs clairement identifiés, des documents accessibles, des plateformes institutionnelles régulièrement actualisées et une relation professionnelle avec l’ensemble des médias, sans distinction entre grandes rédactions, médias en ligne, radios ou organes de proximité. L’UNESCO souligne justement l’importance d’une information officielle fiable et diffusée en temps opportun pour renforcer l’environnement informationnel et lutter contre la désinformation. Au Tchad, améliorer ces pratiques permettrait aux journalistes de mieux exercer leur mission de vérification et aux citoyens de disposer de repères fiables, afin que les rumeurs ne deviennent pas, par défaut, leur première source d’information.

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