Après les affrontements intercommunautaires meurtriers qui ont secoué les localités de Teyba, Alriyad et Ambanata, la Commission Nationale des Droits de l’Homme a dépêché une mission d’urgence sur le terrain. Objectif est de documenter les violences, assurer le suivi des victimes et remonter aux origines d’un drame au bilan accablant 22 morts, plus de 60 blessés et une quarantaine d’arrestations.

Sur place, les émissaires de la CNDH ont mené des entretiens séparés avec les différentes parties et visité les blessés. Les témoignages recueillis convergent, un simple différend agricole a servi de détonateur à une explosion de violence communautaire.

L’exploitation d’un champ litigieux, opposant deux jeunes de la communauté Bichechat à une agricultrice locale, avait pourtant été suspendue par l’administration. Mais le labour forcé de la parcelle déjà ensemencée par l’un des protagonistes a mis le feu aux poudres, déclenchant des combats armés d’une grande intensité, malgré l’arrivée rapide des renforts sécuritaires dépêchés d’Ati.

En approfondissant leurs investigations, les enquêteurs mettent en lumière un contentieux foncier ancien, dont les racines remontent à 2011. Cette année-là, l’attribution de 46 champs d’habitation et de culture aux éleveurs Bichechat par le chef de canton avait été formalisée par un accord signé devant le gouverneur à Ati. Mais la résurgence des tensions en 2023, aggravée par une décision de justice accordant aux Bichechat des superficies supérieures aux limites coutumières historiques, a ravivé les rancœurs et rendu tout dialogue impossible.

Aujourd’hui, un calme précaire s’installe progressivement dans le canton, grâce à un important dispositif sécuritaire combinant des forces venues d’Ati et d’Abéché. Alors qu’une quarantaine de personnes sont déférées devant la justice, des pourparlers de réconciliation s’ouvrent sous l’égide des autorités afin de redéfinir, de manière consensuelle, les limites territoriales. De son côté, la CNDH poursuit sa veille pour garantir le respect des droits des détenus et promouvoir une solution pacifique durable, seule à même d’assurer une cohabitation apaisée dans la province.

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