Dans une déclaration au vitriol, Mahamat Nour Ahmed Ibedou, ancien président de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH), s’interroge : les Tchadiens ont-ils seulement pris la mesure du spectacle offert au monde entier par l’irruption d’un commando de l’ANS dans les locaux de la SHT pour interrompre, manu militari, un contrôle de routine de l’AILC sur les comptes de cette institution ?

L’ancien responsable ne s’en étonne qu’à moitié. Selon lui, le Tchad est gouverné, depuis longtemps, par des règles tribales dès lors qu’il s’agit de défendre les intérêts ou de venger les membres de l’oligarchie militaro-familiale au pouvoir. Ces derniers, rappelle-t-il, dirigent la quasi-totalité des régies de recettes du pays : Direction générale des douanes, impôts, domaines, Trésor, sans oublier les secteurs clés que sont le transport ou les télécommunications. Intouchables, ils échappent à tout contrôle, entraînant une dilapidation colossale des ressources nationales et un affaiblissement chronique des capacités financières de l’État.
La Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT), qui représente le pays au sein du consortium formé avec les compagnies pétrolières multinationales, ne déroge pas à la règle. Depuis sa création en 2006, ses dirigeants ont toujours appartenu au clan Déby. Or, l’exploitation, la gestion et surtout la commercialisation de l’ensemble du brut tchadien relevant exclusivement de la SHT, on comprend la panique qui s’est emparée du clan au pouvoir à l’annonce de la présence de l’AILC dans ses locaux.
Selon Mahamat Nour Ahmed Ibedou, le risque est grand de voir exposés au grand jour les détournements d’une bonne partie des cargaisons de pétrole brut écoulées sur les marchés parallèles, ainsi que les transactions conclues avec Glencore, une institution financière suisse aux pratiques décrites comme mafieuses. L’ampleur des détournements dans le secteur pétrolier atteindrait des proportions telles que le pouvoir chercherait, par tous les moyens, à les dissimuler.
C’est ce qui expliquerait, conclut-il, l’attitude brutale des autorités, qui ne se seraient jamais exposées avec une telle imprudence si l’enjeu n’était pas vital pour elles.
