Une enquête de Reuters, étayée par un projet de rapport onusien, documente l’existence présumée de liaisons aériennes secrètes entre plusieurs pays de la région et les Forces de soutien rapide. Le Tchad, une nouvelle fois mis en cause, rejette toute implication.

Un pont aérien clandestin pour approvisionner les paramilitaires soudanais en plein conflit. C’est ce que révèle une enquête de l’agence Reuters, appuyée par un projet de rapport des Nations unies, qui relance les accusations de soutien extérieur aux Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemetti.
Selon ces investigations, trois appareils commerciaux vieillissants un Boeing 737 et deux 727 auraient multiplié les rotations entre plusieurs plateformes logistiques régionales, Bosaso, en Somalie, Koufra, dans le sud libyen, et Nyala, capitale du Darfour-Sud, alors sous contrôle des FSR. Ces avions auraient été exploités par un réseau de sociétés liées à Steven Shaulis, homme d’affaires américain et ancien membre des forces spéciales, à travers plusieurs entités spécialisées dans la logistique et la sécurité. L’une d’elles, Occidental Support Services, est enregistrée aux Émirats arabes unis.
Entre 2024 et 2025, au moins seize atterrissages auraient été effectués pour ravitailler les forces de Hemetti avant la chute d’El-Fasher, reprise par l’armée régulière du général Abdel Fattah al-Burhane en octobre 2025. Les images satellites consultées par Reuters montreraient par ailleurs que les trois appareils ont stationné à N’Djamena, dans une zone militaire de l’aéroport de la capitale tchadienne. Une présence que les autorités tchadiennes contestent fermement, assurant n’avoir jamais autorisé ces vols.
Ces révélations ravivent les soupçons qui pèsent depuis plusieurs années sur les Émirats arabes unis, régulièrement accusés d’apporter un soutien financier et logistique aux FSR. Dès 2023, plusieurs enquêtes internationales évoquaient des livraisons d’armes et des financements en faveur des paramilitaires des accusations reprises avec insistance par les responsables militaires soudanais. En janvier 2024, le Groupe d’experts des Nations unies sur le Soudan avait qualifié ces allégations de « crédibles », sans toutefois établir formellement les responsabilités.
Dans ce contexte, le gouvernement soudanais accuse depuis des mois le Tchad de servir de plateforme de transit pour les armes destinées aux FSR. Khartoum affirme détenir des preuves. N’Djamena, de son côté, rejette catégoriquement ces accusations et réaffirme sa neutralité dans le conflit, rappelant que son action se borne aux efforts diplomatiques et à l’accueil de centaines de milliers de réfugiés soudanais sur son sol.
Ces nouvelles révélations interviennent alors que la guerre au Soudan continue d’alimenter les tensions régionales et d’épaissir le mystère sur les soutiens extérieurs dont bénéficient les différentes parties au conflit.
