Le 16 mai 2025, l’ancien Premier ministre et président du parti Les Transformateurs était interpellé à son domicile a Gassi dans le 7ème arrondissement de N’Djaména. Retour sur une affaire aux lourdes implications politiques, qui continue de secouer le pays.

Il est 6 heures du matin, le 16 mai 2025, lorsque les forces de sécurité encerclent la résidence de Dr Succès Masra. L’ancien Premier ministre, figure emblématique de l’opposition, est arrêté sans ménagement. En quelques heures, la nouvelle fait le tour du pays, puis du continent.

Cette interpellation spectaculaire fait suite à un drame survenu quelques jours plus tôt à Mandakao, une localité de la province du Logone Occidental. Des violences intercommunautaires y ont fait plusieurs dizaines de morts, plongeant la région dans l’effroi. Pour les autorités, le leader des Transformateurs n’est pas étranger à cette flambée de violence. Les chefs d’accusation tombent, lourds et implacables, diffusion de messages à caractère haineux et xénophobe, complicité de meurtre.

L’affaire est menée tambour battant. Moins de trois mois après son arrestation, le 9 août 2025, Succès Masra comparaît devant la justice tchadienne. Le verdict est à la hauteur des charges retenues, 20 ans de prison ferme, assortis d’une amende d’un milliard de francs CFA.

Très vite, la défense de l’opposant dénonce un « procès politique ». Les avocats pointent des irrégularités procédurales, l’absence de preuves tangibles et la rapidité suspecte de l’instruction.

En ce mois de mai 2026, douze mois se sont écoulés depuis l’arrestation de Succès Masra. Derrière les barreaux, l’ancien Premier ministre continue d’incarner, pour ses partisans, une voix dissidente réduite au silence.

Au sein de la classe politique tchadienne, les lignes de fracture se sont accentuées. Plusieurs figures de l’opposition, bien qu’affaiblies et divisées, dénoncent unanimement une justice instrumentalisée.

Les organisations de défense des droits humains, d’Amnesty International à la Fédération internationale des droits de l’homme, maintiennent la pression. Dans des communiqués qui se succèdent depuis un an, elles qualifient la procédure de « parodie de justice » et appellent à la libération immédiate de l’opposant. « Ce procès n’a respecté aucune des garanties d’un État de droit », tranche un rapport publié en mars dernier.

Un an après, l’affaire Succès Masra reste une plaie ouverte dans le paysage politique tchadien. Elle cristallise les tensions entre un pouvoir soucieux de verrouiller l’espace démocratique et une opposition qui, malgré la répression, refuse de capituler. À N’Djaména, on évoque le nom de l’ancien Premier ministre à voix basse, mais avec insistance. Le silence imposé n’a pas éteint la flamme de la contestation.

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