Le lieutenant-général Mohammed Ali Ahmed al-Haddad, chef d’état-major de l’armée libyenne, a trouvé la mort dans un accident d’avion en Turquie, alors qu’il rentrait d’une visite officielle à Ankara, plongeant la Libye dans le deuil et l’incertitude.
Selon les autorités turques, l’avion privé, qui effectuait son vol retour vers Tripoli mardi, a signalé une panne électrique quelques minutes après son décollage d’Ankara et a demandé un atterrissage d’urgence. L’appareil a ensuite perdu tout contact avec le contrôle aérien. Le crash a également coûté la vie à quatre hauts responsables militaires libyens et aux trois membres d’équipage.
Cette tragédie a envoyé une onde de choc à travers un pays profondément fracturé. Le général al-Haddad, en poste depuis 2020, était largement perçu comme une figure unificatrice et un acteur clé des efforts pour reconstruire une armée nationale face à la prolifération des milices. Le gouvernement libyen, reconnu par l’ONU et basé à Tripoli, a immédiatement décrété trois jours de deuil national.
Portrait d’un unificateur
Considéré comme le plus haut gradé des forces armées libyennes, le général al-Haddad œuvrait au sein du Gouvernement d’union nationale (GUN) pour rassembler les factions armées rivales. « Il était vraiment déterminé à construire des institutions militaires solides, particulièrement en Libye occidentale, une région fragmentée où des groupes armés puissants contrôlent de vastes territoires », a témoigné depuis Tripoli Malik Traina, journaliste d’Al Jazeera.
Selon ce dernier, le défunt général refusait de laisser l’influence des milices dicter la politique de l’État et incarnait « une figure derrière laquelle la population pouvait se rassembler pour tenter d’apporter une certaine unité à la Libye ». Ancien officier ayant rejoint les rangs rebelles lors de la révolution de 2011, il était également décrit comme un leader « charismatique et fort », respecté par les différentes parties et fervent défenseur de l’État de droit et d’une transition vers un régime civil.
L’impact de sa disparition transcende les clivages politiques. Dans l’Est du pays, l’administration rivale du maréchal Khalifa Haftar, dont les forces s’opposent à celles de Tripoli, a exprimé sa tristesse. Haftar lui-même a présenté ses condoléances, soulignant le caractère consensuel de la figure disparue.
Le décès du général al-Haddad survient à un moment diplomatique sensible. Lors de sa visite en Turquie, il s’était entretenu avec le ministre turc de la Défense, Yasar Guler, et son homologue militaire, le général Selcuk Bayraktaroglu. Ankara, qui entretient des liens étroits avec le GUN de Tripoli, a récemment multiplié les signes de rapprochement avec l’administration de l’Est dirigée par Haftar, ajoutant une dimension stratégique complexe à cette perte soudaine.
Cette disparition prive la Libye d’un acteur central dans les efforts de réconciliation nationale et de reconstruction d’une armée unifiée, laissant un vide considérable dans un paysage politique déjà extrêmement instable.
