Chaque 5 octobre, le monde entier salue celles et ceux qui portent sur leurs épaules le destin de nos sociétés : les enseignants. Au Tchad, cette Journée mondiale des enseignants, célébrée à l’ONAMA, aurait dû être un moment de fierté nationale, un instant solennel de reconnaissance envers ces bâtisseurs de l’avenir. Mais derrière les sourires forcés et les discours convenus, une vérité crue s’est imposée les enseignants tchadiens sont célébrés sans être considérés. Ils continuent de servir avec abnégation, dans le silence d’une profession oubliée, méprisée et reléguée au second plan des priorités nationales.
L’absence flagrante des plus hautes autorités à cette cérémonie en dit long sur la place que l’État accorde à l’éducation. Ni le ministre de l’Éducation, ni celui de la Jeunesse, ni les responsables municipaux ou culturels n’ont jugé utile de répondre à l’invitation du Syndicat des Enseignants du Tchad. Les chaises vides, tristement alignées dans la grande salle rouge de l’ONAMA, étaient le symbole d’une indifférence institutionnelle devenue presque banale. Et pourtant, c’est grâce à ces enseignants que tous du plus simple citoyen au plus haut dirigeant savent lire, écrire, penser, diriger et servir. Leur absence n’était pas seulement physique elle était morale et politique.
Dans son allocution, Abdelkader Djibia, Secrétaire général provincial du SET, a livré un message d’une lucidité brutale la profession enseignante est en souffrance, et avec elle, tout le socle national vacille. Quand un pays néglige ceux qui instruisent sa jeunesse, il compromet son avenir. Les enseignants tchadiens ne réclament pas des privilèges, mais le respect, la dignité et les moyens de remplir convenablement leur mission. Ce qu’ils demandent, c’est la reconnaissance d’un travail qui fonde la nation.
Les images de motos délabrées alignées à l’entrée de l’ONAMA, les visages marqués par la fatigue et les salaires dérisoires en disent davantage que mille discours. Ces femmes et ces hommes continuent pourtant à enseigner, à éduquer, à éveiller les consciences, malgré tout. Ce sont eux qui ont formé les ministres, les ingénieurs, les magistrats, les journalistes, les médecins et les soldats qui bâtissent ou exploitent ce pays. Faut-il rappeler que sans enseignant, aucun destin national n’est possible ? Le Tchad doit revoir en urgence sa manière de concevoir l’éducation, non pas comme une charge, mais comme la clé de son redressement.
Les nations fortes ont toutes un point commun : elles ont misé sur l’école. Investir dans l’éducation, c’est investir dans la paix, dans la compétence et dans la prospérité. Le Tchad ne saurait se reconstruire sans revaloriser ceux qui éduquent ses enfants. Les enseignants ne demandent qu’à être écoutés, soutenus et respectés. En ce 5 octobre, plus qu’une célébration, ils nous adressent un appel à la conscience : celui de redonner à l’éducation tchadienne sa place d’honneur. Car honorer un enseignant, c’est honorer la nation tout entière.
Par Zebkalbé Fakané
