La déclaration du Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, faite dans la soirée ce samedi 13 décembre 2025, a surpris plus d’un observateur. En exprimant publiquement sa « pleine confiance » au Premier ministre et à l’ensemble de son gouvernement, sans lien apparent avec un événement officiel, le Chef de l’État a suscité une vague de questionnements. Dans un contexte politique tendu et socialement fragile, une telle sortie, aussi solennelle que soudaine, ne peut être perçue comme anodine.

En politique, le timing est souvent plus parlant que les mots eux-mêmes. Cette déclaration intervient alors que plusieurs membres du gouvernement sont cités dans des affaires de détournements présumés, de mauvaise gouvernance et de pratiques contraires à l’éthique publique. Dès lors, le message présidentiel semble en décalage avec la réalité vécue par les citoyens, qui peinent à percevoir des résultats concrets dans leur quotidien marqué par la précarité, l’insécurité économique et le chômage.

Pour certains analystes, ce discours peut être interprété comme un signal adressé aux partenaires internationaux : celui d’un État stable, uni et doté d’une équipe gouvernementale soudée. Une manière de rassurer, de préserver l’image institutionnelle du pays et d’éviter toute lecture de crise ouverte au sommet de l’exécutif. Mais cette volonté d’affichage de cohésion suffit-elle à masquer les dysfonctionnements internes dénoncés par l’opinion publique ?

D’autres y voient plutôt une manœuvre politique classique : endormir la vigilance du gouvernement avant une éventuelle reconfiguration du pouvoir. L’histoire politique tchadienne, comme celle de nombreux États africains, montre que les déclarations de confiance peuvent parfois précéder des remaniements spectaculaires. Dans cette hypothèse, le message présidentiel serait moins un gage de soutien durable qu’un calme apparent avant la tempête.

Une question demeure centrale : cette déclaration signifie-t-elle une caution tacite aux dérives reprochées à certains ministres ? Le silence sur les accusations de corruption et l’absence d’annonces fortes en matière de reddition des comptes entretiennent le malaise. Aux yeux d’une partie de la population, cela peut être interprété comme une tolérance, voire une banalisation des pratiques qui minent la gouvernance et sapent la confiance entre l’État et les citoyens.

Sur le plan de l’action gouvernementale, le constat reste amer. Peu de réformes structurantes, une économie qui peine à décoller, des services sociaux défaillants : le sentiment dominant est celui d’un pays qui stagne. Dans ces conditions, la satisfaction affichée par le Chef de l’État interroge. Peut-on réellement parler de mission accomplie lorsque les attentes légitimes des Tchadiens restent largement insatisfaites ?

En définitive, cette sortie présidentielle apparaît comme un message à double lecture. Officiellement, elle prône la cohésion, la rigueur et l’unité nationale. Officieusement, elle alimente les spéculations sur les véritables intentions du pouvoir. Qu’il s’agisse d’une stratégie de communication, d’un avertissement voilé ou d’un prélude à des changements majeurs, une chose est sûre : dans le contexte actuel, la confiance proclamée ne dissipe pas les doutes, elle les renforce. Par Fakané Zebkalbé

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