Ingénieur, combattant, conseiller, ambassadeur, sept ans après sa disparition à Paris, le Tchad se souvient de celui que ses proches surnommaient « Tournesol », grand serviteur de l’État qui consacra sa vie à son pays, fidèle et loyal au maréchal Idriss Déby Itno jusqu’à son dernier souffle.

Il est des hommes dont l’absence se fait plus pesante avec le temps. Le 4 octobre 2019, l’ambassadeur Mahamat Abdoulaye Senoussi s’éteignait à Paris des suites d’une maladie, à l’âge de 67 ans. Sept ans plus tard, son nom évoque toujours la même chose chez ceux qui l’ont côtoyé : la franchise, la rigueur professionnelle et un sens de la République jamais démenti.
Né le 5 mai 1952 à Biltine, dans la province du Wadi Fira, il était issu de la grande communauté Mimi et fils aîné du chef de canton Mimi. Sa scolarité le conduit de Biltine à Abéché, puis à l’École du Rond-point à N’Djamena, avant le lycée Félix-Éboué, où il décroche un baccalauréat C.
Il rejoint ensuite l’université de Ljubljana, en Yougoslavie, d’où il revient ingénieur en électrotechnique. Des stages de perfectionnement au Gabon, en Côte d’Ivoire et en France achèvent de forger le technicien.
Avant le haut cadre, il y eut le militant. Dès 1969-1970, très jeune, il rejoint les Forces populaires de libération (FPL). Au fil des crises que traverse le pays, il est membre du Frolinat, puis du GUNT. On le disait brave, porté par la vision d’un Tchad juste. De cet engagement, il ne fit jamais un titre de gloire. Par choix personnel, il refusa de mettre en avant sa contribution à la stabilité du pays. L’histoire, elle, la retiendra.
De 1979 à 2000, il fait carrière à la Société tchadienne d’eau et d’électricité (STEE), où il est tour à tour directeur du centre de formation, conseiller du directeur général et directeur des ressources humaines. Il en deviendra directeur général en 2009.
Entre-temps, l’État fait appel à lui à plusieurs reprises :
· 1993 : conseiller du Premier ministre de transition ;
· 2000-2008 : conseiller du président de la République chargé des Mines, de l’Énergie et du Pétrole ;
· mars-avril 2008 : ministre, chargé de mission présidentielle au lendemain des événements du 2 février 2008 ;
· avril 2008 : directeur général adjoint de la Coton-Tchad ;
· 2011-2015 : conseiller chargé de mission à la présidence de la République.
Confident et proche collaborateur du défunt maréchal du Tchad, Idriss Déby Itno, il fut de ces fidèles parmi les fidèles, qui restèrent à ses côtés dans les heures sombres du pays.
En 2015, il est nommé ambassadeur du Tchad en République fédérale d’Allemagne, avec résidence à Berlin. Sa juridiction couvre notamment l’Italie, la Norvège, le Danemark, l’Autriche et la Suède. Il représente également le Tchad auprès du Fonds des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, à Rome.
En 2019, le maréchal le nomme gouverneur de la province du Batha. La maladie ne lui laissera pas le temps de prendre ses fonctions.
Mahamat Abdoulaye Senoussi laisse six enfants, deux garçons et quatre filles. Il laisse aussi le souvenir d’un homme qui fut l’ami de tous les Tchadiens, sans distinction, et qui cultiva toute sa vie la grandeur et l’esprit républicain.
En ce jour anniversaire, une pensée va à ses compagnons de toujours : l’ambassadeur Amine Abba Sidick, le Pr Hamit Dahlop, Ahamat Abdrahmane Haggar, Adoum Arisine, Nagoum Yamassoum, Managaral Banté, l’ambassadeur Moktar Wawa Dahab, le Dr Djaïbé, Mahamat Ahmat Hajdara, Ahmat Mahamat Bachir, le général Oky Dagache et Michel Amb, Hassan Adoum Haggar, le général Tchouwi, Georges Fadallalah, sans oublier les inoubliables. Elle va également à ceux qui l’ont rejoint : feu Abdoulaye Lamana, feu Abakar Adoum Haggar, feu Attamar, feu le général Gabgalia et feu Mahadine Salah.
Sept ans ont passé. « Tournesol » n’est plus, mais l’exemple demeure.
