Devant l’Assemblée générale des Nations unies, le chef du gouvernement espagnol a prononcé un réquisitoire offensif contre les impasses du système international. Il dénonce notamment le deux-poids-deux-mesures face à Gaza, le droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité et la sous-représentation du Sud dans les instances mondiales.

Pedro Sánchez a choisi la tribune onusienne pour dire tout haut ce que beaucoup de diplomates murmurent en coulisses. Loin des formules convenues, le Premier ministre espagnol a livré un discours sans concession, désignant nommément les dysfonctionnements du multilatéralisme et appelant à une refonte en profondeur des institutions internationales.
Sánchez n’a pas esquivé le mot. Devant les représentants des États membres, il a qualifié la situation à Gaza de génocide et exigé que la Cour pénale internationale agisse sans distinction, sans passe-droit et sans protection diplomatique. Son message se veut sans ambiguïté, le droit international ne saurait être à géométrie variable universel pour les alliés de l’Occident, négociable pour les autres. Tolérer ce deux-poids-deux-mesures reviendrait, selon lui, à se rendre complice de la barbarie.
Le chef de l’exécutif espagnol s’en est pris frontalement au droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Comment, interroge-t-il, parler d’égalité souveraine lorsque cinq puissances s’arrogent le droit de paralyser le Conseil et de protéger les agresseurs ? Conçu en 1945 sur les ruines de la guerre, ce mécanisme constitue aujourd’hui, selon lui, un instrument de préservation d’intérêts impérialistes. Il plaide en conséquence pour son abolition et pour une refonte immédiate du multilatéralisme, afin que l’Afrique ne soit plus tenue en marge des instances qui décident du destin de la planète.
Rupture historique également sur le terrain de la représentation. Après huit décennies de domination masculine et eurocentrée, Sánchez a défendu l’idée d’une femme latino-américaine à la tête des Nations unies. Un geste qui, selon lui, relève moins du symbole que de la justice historique arracher le multilatéralisme aux griffes des vieilles puissances.
Le cœur du propos reste la dénonciation d’une ONU ligotée par les rivalités géopolitiques, de guerres impérialistes qui se propagent et de peuples écrasés sous les bombes dans l’indifférence générale. Le Secrétaire général lui-même, rappelle Sánchez, tire la sonnette d’alarme, la force brute ne peut être l’arbitre final des vies humaines. Le Premier ministre espagnol dénonce à ce titre le massacre à Gaza comme la colonisation effrénée en Cisjordanie.
Pour Pedro Sánchez, l’heure n’est plus à l’amendement. Il ne s’agit pas, prévient-il, de substituer une hégémonie à une autre, mais de désarmer la loi du plus fort. Le monde, conclut-il, n’a pas besoin d’une nouvelle hiérarchie des puissances, il exige un multilatéralisme de rupture.
