Une trentaine de personnes retournées vivant sur le site de Danamadja, dans le département de la Nya Pendé (province du Logone Oriental), participent depuis ce jeudi 9 juin 2026 à une campagne de sensibilisation consacrée aux documents d’état civil.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet FADECIV (Facilitation de l’Accès aux Documents d’État Civil), mis en œuvre par l’APLFT, Caritas Suisse et l’ANATS avec le soutien financier de l’Agence française de développement (AFD). Les échanges portent notamment sur l’utilité des documents d’état civil, les droits qu’ils confèrent, les démarches nécessaires à leur obtention ainsi que les procédures de délivrance.
Durant deux jours, les participants reçoivent également des informations sur l’enregistrement des naissances, des mariages, des décès et des divorces. Ils sont aussi informés du rôle du Centre d’Orientation et d’Écoute (COD), des mécanismes de régularisation existants et des services d’accompagnement proposés par le projet.
Depuis plusieurs années, les violences en provenance de la République centrafricaine, les conflits entre agriculteurs et éleveurs ainsi que les effets du changement climatique ont provoqué le déplacement de nombreuses familles. Ces mouvements de population ont souvent entraîné la perte de documents administratifs essentiels, compliquant considérablement l’accès à certains droits et services. De nombreux jeunes se retrouvent ainsi privés d’opportunités de formation ou d’emploi, tandis que plusieurs familles rencontrent des difficultés dans leurs démarches administratives et financières.
Pour les membres des Associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) ainsi que pour les personnes exerçant des activités génératrices de revenus, l’absence de pièces d’identité officielles constitue un obstacle majeur à l’accès aux services de microfinance et freine leurs initiatives économiques. À cela s’ajoutent les contrôles d’identité renforcés observés ces derniers mois sur plusieurs axes routiers. Certains bénéficiaires du projet NexSud, dont FADECIV est issu, éprouvent ainsi des difficultés à transporter leurs produits agricoles vers les marchés ou à se déplacer pour leurs activités commerciales.
Dans plusieurs localités, la déclaration des naissances demeure une démarche méconnue ou difficile d’accès. Beaucoup de familles ignorent encore qu’elle est gratuite lorsqu’elle est effectuée dans les délais légaux et qu’elle reste sans frais pour les enfants âgés de 4 mois à 17 ans dans le cadre du moratoire gouvernemental en vigueur jusqu’en 2030.
« Beaucoup de familles considèrent encore l’acte de naissance comme un simple document administratif. Pourtant, il représente la première reconnaissance juridique d’une personne et constitue la clé d’accès à de nombreux droits », a expliqué Djouma Victor, facilitateur et délégué de la zone sud de l’APLFT.
Face à cette réalité, le projet FADECIV mise sur la sensibilisation communautaire, l’accompagnement juridique des bénéficiaires, la prise en charge des frais liés aux jugements supplétifs pour les personnes non enregistrées à l’état civil ainsi que le déploiement de dispositifs de proximité tels que le Centre d’Orientation et d’Écoute. Les leaders communautaires sont également impliqués afin d’accompagner les familles dans leurs démarches de régularisation.
« Nous pensions qu’il fallait débourser des sommes importantes pour obtenir un acte de naissance », témoigne Abakar Sambo, participant à la session. « Aujourd’hui, nous réalisons que le principal obstacle est souvent le manque d’information. »
De son côté, Aïchatou Moussa évoque le cas de sa sœur qui, après le décès de son époux, n’a pas pu faire valoir ses droits successoraux en République centrafricaine faute de posséder un acte de mariage. « Cette situation a profondément affecté notre famille », confie-t-elle.
