L’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption (AILC) a rendu publiques, ce jeudi 15 mai 2026, les conclusions explosives d’une enquête sur la gestion de l’aide alimentaire destinée aux populations les plus fragiles. Le verdict est sans appel : des vivres d’une valeur de 11 227 170 500 FCFA, pourtant bel et bien déchargés, se sont littéralement volatilisés avant d’atteindre leurs bénéficiaires.

L’affaire débute par une mission de contrôle visant à reconstituer le parcours d’un stock considérable de riz, de maïs, de mil pénicillaire et d’huile, mobilisé par le gouvernement dans le cadre de sa politique sociale. D’un côté, l’Office National de Sécurité Alimentaire (ONASA) produit l’ensemble des pièces attestant la remise de ces denrées – estimées au total à 28 milliards de FCFA – à l’ancien ministère de la Solidarité nationale. De l’autre, le ministère de l’Action sociale admet en avoir accusé réception. Mais entre ces deux points, le gouffre est abyssal.

Sur le plan comptable, c’est le désert. « Aucune pièce fiable, aucun bordereau de livraison, aucune fiche de distribution, ni aucun procès-verbal de remise », égrène l’AILC dans son communiqué. Les enquêteurs ont surtout mis au jour un système bien rodé : une cellule clandestine spécialisée dans la fabrication de faux documents, conçus pour habiller des distributions qui n’ont jamais eu lieu.

L’enquête ne s’est pas arrêtée aux piles de dossiers. Les équipes de l’AILC ont arpenté les quartiers de N’Djaména et sillonné plusieurs provinces pour interroger les bénéficiaires présumés. Confrontés au silence des papiers et à l’absence de témoignages, les contrôleurs ont acquis la certitude que plus de 11 milliards de FCFA de vivres ont disparu après avoir quitté les camions. Le dossier, qualifié de « détournement massif de biens publics », est désormais entre les mains de la justice.

Cette saisine judiciaire a toutefois déclenché une riposte. L’AILC affirme être la cible d’une campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux, téléguidée selon elle par de « puissants réseaux d’intérêts ». L’institution dénonce des tentatives de manipulation de l’opinion, qu’elle assimile à une forme « d’apologie indirecte de la corruption ».

Déterminée à ne pas céder, l’autorité anticorruption réaffirme son indépendance et ouvre ses portes à tout citoyen désireux de consulter ses conclusions. Elle assortit cette main tendue d’un avertissement : des poursuites judiciaires seront engagées contre quiconque chercherait, par des allégations mensongères, à entraver sa mission. « La lutte contre la corruption est un impératif national. Aucun intérêt particulier ne saurait prévaloir sur la protection des ressources de tous les Tchadiens », conclut l’institution, qui promet de poursuivre son combat sans distinction de rang ni de statut.

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