À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a lancé un cri d’alarme face à la multiplication des attaques visant les journalistes. Une dérive qui, selon lui, met en péril la liberté, la redevabilité et les fondements mêmes des sociétés démocratiques.
« Une presse libre est l’oxygène d’une société libre et ouverte », a-t-il rappelé, insistant sur le rôle irremplaçable des médias dans le débat public, la dénonciation des abus et la transparence. Mais ce pilier démocratique vacille. Le métier de journaliste n’a jamais été aussi dangereux, a alerté le chef des droits humains de l’ONU : au moins 14 professionnels ont été tués depuis le début de l’année, et seul un meurtre sur dix commis au cours des vingt dernières années a donné lieu à une pleine reddition de comptes. Une impunité quasi systématique qui encourage la violence.
Le constat est particulièrement dramatique dans les zones de conflit. Volker Türk a ainsi qualifié la bande de Gaza de « piège mortel » pour les travailleurs des médias. Depuis le début de l’offensive israélienne en octobre 2023, près de 300 journalistes y ont perdu la vie, un bilan sans précédent qui illustre l’extrême vulnérabilité de ceux qui documentent la guerre.
Mais la menace ne se limite pas aux champs de bataille. Hors des zones de guerre, les journalistes font face à des périls croissants et plus insidieux, surveillance généralisée, pressions judiciaires abusives, harcèlement en ligne, les femmes étant particulièrement ciblées. Autant d’armes utilisées pour réduire la presse au silence, bien au-delà des seules balles.
Face à cette dégradation, le Haut-Commissaire a exhorté les États à prendre des mesures urgentes, cesser toute persécution contre les médias, abroger les lois liberticides et garantir que les attaques contre les journalistes ne restent pas impunies. Il a également appelé les entreprises technologiques à redoubler d’efforts pour lutter contre la désinformation et les abus numériques.
« Les journalistes ne peuvent pas lutter seuls », a insisté Volker Türk, plaidant pour une mobilisation collective afin de renforcer leur protection. Une condition sine qua non, a-t-il conclu, pour préserver la liberté de la presse et les valeurs démocratiques à travers le monde.
