Le Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) a haussé le ton ce 8 avril 2026 à N’Djamena. Par la voix de son porte-parole, Max Kemkoye, la coalition d’opposition a dressé un réquisitoire sévère contre la gestion du pays, dénonçant une dégradation généralisée de la situation sécuritaire, politique et socio-économique, tout en appelant à une marche nationale d’indignation le 2 mai prochain.

Sur le plan sécuritaire, le GCAP évoque un bilan « alarmant », affirmant qu’aucune région du Tchad n’est épargnée par les violences. Max Kemkoye a notamment pointé du doigt l’attaque par drone survenue le 18 mars 2026 à Tiné Djagaraba, ayant causé la mort de 20 civils. Il a vivement critiqué la gestion de cette affaire, qualifiant « d’ahurissante » la communication du procureur de la République de N’Djamena, qui attribue l’attaque au Soudan sur la base de simples témoignages.

Remettant en cause la compétence des juridictions nationales dans ce dossier, le GCAP estime qu’il s’agit d’un crime relevant du droit international humanitaire. Le groupe menace ainsi de saisir la Cour pénale internationale (CPI), en s’appuyant sur les dispositions des Conventions de Genève et du Statut de Rome, si des éclaircissements ne sont pas fournis par les autorités.

Autre sujet de controverse : l’envoi annoncé de 750 éléments des forces de défense et de sécurité tchadiennes en Haïti, dans le cadre d’une mission multinationale. Le GCAP s’interroge sur la pertinence de cet engagement extérieur, alors que le pays fait face, selon lui, à une insécurité persistante. Max Kemkoye dénonce une décision motivée par des intérêts financiers, assimilant cette participation à une forme de « mercenariat d’État ».

Dans la capitale, plusieurs cas récents de meurtres ont également été évoqués pour illustrer ce que le GCAP qualifie d’incapacité des autorités à assurer la sécurité des citoyens. « N’Djamena est-elle différente de Port-au-Prince ? », s’est interrogé le porte-parole, établissant un parallèle avec la situation sécuritaire en Haïti. Il a par ailleurs évoqué la recrudescence des attaques de Boko Haram, contredisant les déclarations antérieures du gouvernement sur la neutralisation du groupe.

Sur le plan politique, le récent remaniement gouvernemental n’a pas échappé aux critiques. Le GCAP le décrit comme « déconnecté des exigences d’efficacité », dénonçant notamment la création du poste de vice-Premier ministre sans base légale préalable. Pour le groupe, cette réorganisation illustre une gouvernance marquée par le clientélisme et un déficit de compétences.

Concernant l’économie, Max Kemkoye rejette les indicateurs avancés par le gouvernement, qu’il qualifie de « mirage ». Il met en avant une pauvreté persistante, les tensions sociales, notamment dans le secteur de l’éducation, ainsi que la restructuration de la dette, perçue comme le signe d’une fragilité financière accrue.
Enfin, le GCAP dénonce une régression des libertés publiques et une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. « L’essence même de la démocratie n’existe plus », a affirmé le porte-parole.

Face à ce qu’il décrit comme une crise multidimensionnelle, le GCAP appelle à une mobilisation générale le 2 mai 2026. Il invite les citoyens, les organisations de la société civile et les forces vives de la nation à se joindre à cette marche d’indignation pour exiger des réformes profondes en matière de gouvernance, de justice et de respect des libertés fondamentales.

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