Le ministre nigérien de la Justice, Alio Daouda, a annoncé, mardi 2 décembre, l’intention de son pays de poursuivre en justice le groupe nucléaire français Orano. Cette décision fait suite à la découverte de « quatre cents (400) fûts contenant des carottes radioactives » sur le site de Madaouela, dans le nord du Niger.
Lors d’un point de presse à Niamey, le ministre a présenté ces révélations comme la preuve du « vrai visage d’Orano, celui d’un prédateur ayant perdu sa proie ». Cette déclaration du gouvernement intervient en réaction à un communiqué publié par Orano le 27 novembre, dans lequel le groupe condamnait « le transport illégal d’uranium entreposé sur le site de la SOMAIR ».
Le ministre Daouda a accusé l’entreprise d’avoir laissé « plusieurs millions de tonnes de déchets radioactifs à l’air libre » après des décennies d’exploitation. Les autorités nigériennes avaient nationalisé les sociétés minières, dont celles d’Orano, en décembre 2024.
Les mesures effectuées sur les fûts découverts indiqueraient, selon le ministre, « une toxicité dont le taux varie entre 7 et 10 microsieverts par heure », un niveau bien supérieur à la dose normale de 0,5. Les échantillons analysés contiendraient du « Bismuth 207 et du Chrome X », des éléments susceptibles de contaminer une personne se trouvant à dix mètres. Le ministre a exprimé ses craintes quant à « des actes non découverts à ce jour qui produiraient des conséquences beaucoup plus importantes ».
L’État nigérien entend obtenir réparation « de tous les préjudices subis », après une évaluation des impacts environnementaux, sanitaires et sociaux. Le gouvernement estime que ce transport présumé d’uranium violerait une décision du tribunal arbitral du CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements), qui interdit au Niger de vendre ou transférer l’uranium produit par la SOMAIR.
De son côté, Orano, qui a perdu le contrôle opérationnel de ses mines fin 2024, affirme ne pas être à l’origine du convoi litigieux. Le groupe se dit prêt à « initier des actions complémentaires », y compris pénales, pour défendre ses droits. L’affaire marque une nouvelle escalade dans les tensions entre Niamey et l’ancien opérateur historique de ses mines d’uranium.
