Figure majeure de l’administration tchadienne, Madeleine Alingué laisse derrière elle l’héritage d’une femme d’État d’une rigueur exemplaire et profondément attachée aux valeurs républicaines. Née le 11 septembre 1965 dans une famille où le sens du devoir public était une seconde nature, elle grandit auprès de son père, Jean Alingué Bawoyeu, diplomate et ancien Premier ministre. Cette éducation marquée par la discipline, l’intégrité et l’amour de la patrie a façonné une personnalité exigeante, déterminée et soucieuse de la qualité du service public. Elle s’est éteinte le 29 novembre 2025 à Paris, laissant une Nation reconnaissante pour son engagement sans faille.

Polyglotte, cultivée et dotée d’un parcours académique remarquable, Madeleine Alingué s’est forgée une stature internationale qui a renforcé l’image du Tchad au-delà de ses frontières. Après Paris, elle s’envole pour Pékin où elle obtient un Bachelor en littérature et civilisation chinoises, avant de poursuivre un master en affaires politiques, économiques et internationales en Colombie, où elle deviendra plus tard enseignante en relations internationales. Cette rare polyvalence intellectuelle nourrit son action publique d’une vision moderne, ouverte sur le monde, tout en demeurant profondément enracinée dans les réalités tchadiennes.

Son passage aux Nations unies puis à l’Organisation internationale pour les migrations témoigne de sa capacité exceptionnelle à gérer les crises et à défendre les intérêts nationaux. Entre 2011 et 2014, elle coordonne le rapatriement de 130 000 Tchadiens fuyant la guerre en Libye, une opération humanitaire d’une ampleur inédite qui a sauvé des milliers de vies. Elle pilote ensuite un ambitieux programme de transfert de compétences de la diaspora, affirmant sa conviction qu’aucun pays ne se construit durablement sans valoriser ses propres talents. Ces années marquent l’émergence d’une administratrice chevronnée, efficace, méthodique et profondément dévouée.

Son entrée au gouvernement élargit encore son influence sur la construction nationale. Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, puis première femme Coordonnatrice politique adjointe au Conseil de sécurité de l’ONU, elle incarne l’excellence tchadienne sur la scène internationale. En tant que ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, elle modernise l’audiovisuel public, renforce les infrastructures médiatiques et conclut des accords structurants, dont celui avec Startimes pour la transition numérique. Son geste historique de 2018 refuser de jurer “au nom d’Allah” au profit de “Dieu, Tout-Puissant” demeure un symbole fort : celui d’une femme attachée à la laïcité, au respect des consciences et aux principes républicains.

Jusqu’à ses dernières fonctions au ministère du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat, puis comme secrétaire d’État à la Prospective économique Madeleine Alingué a incarné une fonction publique exigeante et éthique, loin des compromis faciles et des arrangements politiques. Pour beaucoup, elle restera cette responsable qui détestait la médiocrité, valorisait le travail bien fait et portait haut la dignité de l’État. Sa disparition est un choc pour le pays, qui perd une femme rare : rigoureuse, visionnaire, disciplinée et profondément loyale envers la République. Une figure d’exemple pour les générations futures.

Zebkalbé Fakané Avec TchadInfo

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