Le discours prononcé par le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno lors de l’inauguration du nouveau siège du MPS se veut un acte politique majeur : à la fois hommage historique, appel à la modernisation et tentative d’inscrire le parti dans les réalités sociales et économiques du Tchad. En rappelant les sacrifices fondateurs du MPS, le Chef de l’État ressuscite une mémoire collective essentielle mais souvent mise à l’épreuve par les mutations du pays. Ce retour aux sources, tout en consolidant la légitimité du parti, peut également être lu comme la volonté de rappeler à la nouvelle génération militante la profondeur d’un héritage parfois méconnu ou instrumentalisé.
Socialement, le discours ouvre une perspective sur le rôle du MPS comme acteur de cohésion nationale, dans un contexte où les fractures entre régions, groupes sociaux et catégories professionnelles demeurent très sensibles. En appelant à “mettre fin aux intrigues et aux querelles internes”, le Maréchal dénonce implicitement les tensions qui minent le parti mais aussi, par extension, les dysfonctionnements qui fragilisent la vie publique. Cependant, si l’appel à l’ordre et à la discipline constitue une direction claire, il interroge également la capacité du parti à intégrer davantage les frustrations citoyennes, notamment celles des jeunes, des femmes, des travailleurs du secteur informel et du monde rural, qui attendent du MPS plus qu’une restructuration interne : un engagement social concret et perceptible.
Sur le plan économique, le Maréchal a insisté sur la nécessité de construire une autonomie financière du parti. Cette orientation, bien qu’essentielle pour réduire les dépendances internes, révèle un enjeu plus large : l’économie nationale elle-même demeure fragile, marquée par un chômage élevé, une inflation persistante et des inégalités territoriales. En affirmant que le MPS doit accompagner les grands projets structurants et soutenir les réformes publiques, le Chef de l’État rappelle indirectement que le développement économique du Tchad reste un chantier immense. Néanmoins, une critique demeure : l’efficacité de ces réformes dépendra de la capacité du parti à transcender les logiques clientélistes et à promouvoir une gouvernance fondée sur la performance, la transparence et l’équité.
Politiquement, le discours met en lumière une ambition de refondation du MPS fondée sur la modernisation numérique, la restructuration des organes de base et la clarification des responsabilités. Cette démarche apparaît comme une réponse aux critiques récurrentes sur la faible organisation interne, la lenteur des décisions et la confusion entre gestion du parti et gestion de l’État. Toutefois, cette refondation pose un défi majeur : comment assurer une véritable ouverture démocratique dans un parti historiquement centralisé, sans réduire la diversité des opinions ni marginaliser les voix dissidentes ? L’appel à une discipline stricte, bien que nécessaire, devra éviter d’être interprété comme un frein au pluralisme interne.
Enfin, l’inauguration du siège, présenté comme un symbole de maturité politique, marque une étape importante mais soulève également des attentes. Pour de nombreux citoyens, la modernisation du MPS ne doit pas se limiter à une nouvelle infrastructure ou à des proclamations programmatiques, mais se traduire par une amélioration palpable de la gouvernance, de la justice sociale et des conditions économiques du pays. Le discours du Maréchal, dense et ambitieux, trace une voie ; il appartient désormais au parti de transformer cette vision en actions concrètes capables de répondre aux défis contemporains. Le MPS joue ainsi une part décisive de son avenir : celui d’un parti traditionnel en quête de renaissance, entre mémoire glorieuse et exigence d’un renouveau crédible.
