L’Assemblée nationale du Tchad a franchi, ce 15 septembre, une étape lourde de conséquences pour l’avenir politique du pays. Derrière l’étiquette d’une révision « technique » de la Constitution, les députés ont en réalité adopté une refonte qui bouleverse l’équilibre démocratique. Le mandat présidentiel passe désormais de cinq à sept ans, et surtout, la limitation du nombre de mandats disparaît, ouvrant la voie à une présidence illimitée. Une décision qui relègue aux oubliettes l’esprit de la Constitution votée il y a seulement vingt mois, censée accompagner le pays vers une sortie de transition crédible.
Le vote a été sans surprise : 171 élus ont approuvé le texte, un seul s’y est opposé, et l’opposition a préféré boycotter la séance ou quitter l’hémicycle. Un élu du MPS a même osé évoquer la « présidence à vie », légitimée par une supposée « émanation divine ». Ce discours illustre la dérive actuelle : la concentration du pouvoir autour d’un seul homme, Mahamat Idriss Déby, désormais débarrassé de toute contrainte institutionnelle. Les voix dissidentes, telles que celles du député Yacine Abdramane Sakine, dénoncent une Assemblée transformée en simple chambre d’enregistrement.
Le même scénario s’est joué au Sénat, où l’ensemble des parlementaires a acclamé et validé à l’unanimité cette révision, à l’exception d’un seul sénateur, Pahimi Padacké Albert, qui s’y est opposé. Ce quasi-plébiscite traduit bien la mainmise du régime sur les deux chambres et réduit davantage l’espace démocratique. Face à une telle uniformité, les critiques d’opposition paraissent étouffées, sinon neutralisées, par un système qui ne tolère ni nuance ni contestation.
Les partisans du pouvoir, tels que François Djékombé de l’USPR, justifient cette révision en rappelant que la limitation des mandats avait déjà été levée en 2005 sous le maréchal Déby. Mais cet argument, loin de rassurer, confirme plutôt une continuité dans la confiscation du pouvoir au détriment de la souveraineté populaire. Le texte introduit d’autres aménagements qui renforcent le contrôle de l’exécutif : levée de l’incompatibilité entre présidence de parti et fonctions étatiques, financement des campagnes par l’État, création d’un vice-Premier ministre, et prolongation du mandat des députés.
Ce verrouillage politique intervient dans un contexte où les attentes sociales sont criantes. Les Tchadiens subissent au quotidien la pauvreté, l’insécurité et l’absence de perspectives, tandis que les institutions se transforment en instruments de domination. En quittant la salle, les députés du RNDT-Le Réveil ont voulu marquer leur refus d’assister à ce qu’ils appellent « le décès de la démocratie ». Mais le pays s’engage désormais sur une pente dangereuse : celle d’une monarchie républicaine où l’élection devient un rituel vidé de sens. Et l’histoire enseigne que la confiscation du pouvoir finit toujours par fragiliser ceux qui s’y accrochent.
